On est si vulnérable

Martine Moulin

Sommaire

- Moi
- Avant
- Les derniers moments
- A l'hôpital
- La Clinique
- Comptes rendus médicaux
- Le retour
- Mes enfants
- Le rêve
- Ma solitude
- Le groupe des aphasiques
- L'or des amazones
- L'YMCA
- Vacances 2002
- Le permis de conduire
- Mes chats
- Tobby
- Tobby et Gribouille
- L'arrivée de Laurent
- « Melle G.R., un si joli faciès »
- Visite à Vienne avec l'YMCA
- Concours de peinture
- Un artiste
- Escapade en Suisse
- Traitement par toxine botulinique
- L'alimentation
- La musique et la danse
- La lecture
- L'ordinateur
- L'île de Ré
- La kinésithérapie
- Epilogue
- Martine Moulin
- Annexes
Tobby

Le dimanche, je ne fais pas tourner la sonnerie du réveil. Tout compte fait, c'est maintenant que je le sais, après une nuit de sommeil très courte, j'aurais eu la possibilité de me lever plus tôt. Il est huit heures quand soudain j'entends un bruit dans les escaliers, quelque chose qui tombait. De suite après, un miaulement se fait entendre, ni une ni deux, je me lève, je prends mes lunettes et me dirige vers le bas des escaliers. Je cherchais Tobby. Ne le voyant pas dans la cuisine, ni dans la salle de séjour, je décide de monter, j'essaie d'aller aussi vite que je le peux, personne dans le haut, une polémique s'empare de moi. Je descends, à même le sol, à ras du rideau, Tobby râle, émet de légers grincements, « il agonise ». Ses deux pattes arrière ne marchent plus. Je le déplace sur le canapé, il s'est mouillé partout, des excréments jonchaient le sol. Il me regardait, ses petits grincements devinrent des miaulements, voire des cris à m'en déchirer les oreilles. Je le regardais en pleurant, je savais que tout était fini.
J'appelle le vétérinaire, la messagerie me renvoie chez un confrère qui me dit de venir à neuf heures. Je vais chercher le panier mais impossible de mettre mon chat dedans. Je téléphone à M.U. mon voisin qui vient immédiatement m'aider.
Le chat me regarde d'un air médusé, il hurle, je le caresse, très vite je m'habille, me passe un coup de peigne, me brosse les dents et redescends. Je surveille mon chat si gentil.
Gribouille fait le tour sans que l'on ait quelque chose à redire, il sentait que ça tournait mal.
Un bref instant, encore, encore des miaulements, comme s'il voulait que je le ramène à la vie et Tobby s'éteint. Après que je lui ai donné une caresse sur la joue, il me vient à l'esprit de fermer ses doux et jolis yeux verts. M. U me demande où je vais l'enterrer. Je bredouillai quelques mots, il comprit que je voulais l'enterrer dans le jardin.
Avec une pelle, il essaie de creuser.
Ce n'est pas possible, la pelle ne s'enfonce pas, la terre est desséchée. Faute de mieux, je vais l'emmener chez le vétérinaire. On l'a mis dans un sac. En conduisant, je n'en pouvais plus, ma main tremblotait, il fallait que je me reprenne. Je me retenais de pleurer. Le vétérinaire vint à moi. Je lui dis que Tobby était décédé, qu'il vienne jusqu'à ma voiture pour le récupérer. A partir d'ici, on va procéder à l'incinération du corps de Tobby dans les meilleures conditions d'hygiène et de respect. Elle aura lieu le mercredi 13 octobre 2004 .
Ce vendredi, retour chez le vétérinaire qui m'a fait payer la facturation et une urne pour le corps devenu poussière. En parcourant la route, sur le chemin du retour je repensais à mon Tobby, sur une tombe on aurait pu mettre « ci-gît mon chat qui ne revenait jamais sur ses pas ». Les jours passent, des larmes humectent mes lunettes, je sais que je mettrai plus de temps que les autres à faire le deuil.

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