Il me semble que dans cet épisode, je vais faire partie d'une société bureaucratique. Je me rendais donc au pavillon R. en taxi. Je devais contacter une ambulance pour avoir la possibilité de me faire rembourser les frais engendrés.
Du 21/01/03 au 27/02/03 la délicieuse Melle G.R. me présentait tout un tas d'images à dénommer, une petite demi-heure par jour. Par exemple un seau, une autruche, un ballon etc. Entre temps, on parlait à bâtons rompus. Pendant un mois, il se passait des choses.
Dans mon cerveau, le débit sanguin permet d'évaluer les modifications lors de mon activité, par exemple, lorsque je cherche et prononce des mots.
Les lésions que j'ai eues, entraînent une aphasie c'est-à-dire un trouble du langage se manifestant souvent par une difficulté à retrouver des mots que l'on connaissait. Il me sera proposé lors du premier examen TEP (Tomographie par Emissions de Positons) un exercice de vocabulaire en français. Il sera suivi de séances d'orthophonie à raison de 5 jours par semaine durant 4 semaines. Elles se feront sur ordinateur et durant 30 minutes. Ceci par Melle G.R., une étudiante au sein de l'Unité.
Un deuxième TEP de contrôle sera fait après les séances d'orthophonie. Ce type d'étude aide à mieux comprendre comment l'activation de zones du cerveau peut se modifier, on se réorganise grâce à des séances d'orthophonie.
L'expérimentation à l'INSERM a duré un mois et demi. Tous ces gens sont pleins de gaieté, de simplicité. On a envie de communiquer avec eux. De temps en temps, ils laissent sur leur visage tout de même expressif, un léger embarras, un doute. Je ressens l'envie de leur poser un peu plus de questions mais moi, je suis indécise.
Serait-ce bien ou non que je pose cette question ?
Quand j'étais plus jeune, j'étais angoissée par crainte d'échouer. Mes questions sont peut-être insensées et si eux m'interrogent, saurais-je répondre ? Je ne veux pas les ennuyer alors je me tais.
J'ai dû passer un scanner en milieu de mois. J'étais allongée, immobile, la tête placée dans l'appareil et le scanner qui fait un bruit affreux, on voit mes orteils qui dépassent. J'ai été prise de panique, personne ne répondait à mes appels. J'étais enfermée dans une boîte, on allait enfermer mon corps pour l'ensevelir. Au bout d'un instant, Melle G.R. me dit que j'ai fini. Je n'en pouvais plus, des larmes perlées se déplaçaient dans le pli et les rides de mon visage. Un verre d'eau me fut donné. Le taxi est arrivé et le chemin du retour est le bienvenu.
L'année suivante, le téléphone sonne. Melle G.R. de I'INSERM me demande si ça se déroulait bien pour moi. Je lui dis : « ça va bien, merci ». Elle m'a signalé qu'ils ont envie de faire un petit film. Le docteur D. (neurologue) et Mme C. (chercheur) m'attendront, Melle G.R. ne sera point là. Le 3 mars à 14h, arrivée à l'hôpital, la place de handicapée s'offrait à moi, je rentre dans la salle d'attente, Mme C. m'attendait, elle dit que je suis en avance, ça m'étonnerait. Quand le docteur fut aussi présent, on prit place. Le docteur D. utilise une caméra que l'on branche après sur le magnétoscope. Avec Mme C., j'ai lu, écrit à plusieurs reprises, j'ai répondu aux questions posées :
« Comment va ma vie maintenant . . . ? »
Je raconte que maintes fois, j'ai eu envie de baisser les bras. J'étais découragée, démoralisée, dépressive. Mon fils et ma fille ont à leur tour une vie à eux, je ne peux pas compter sur eux.
Est-ce que je serais prête à vivre sans eux, peut-être que je ne pourrais pas, il va falloir que je n'arrête pas d'avoir des activités. De temps en temps, je ne sais plus où j'ai ma place.
Au bout d'un moment, le docteur D. sort pour aller chercher un livre dans son bureau.
Pendant ce temps, Mme C. m'a fait observer toutes les mimiques qui accompagnaient mon discours. On aurait dit un langage de sourds-muets. Je deviens très pénible. Je me critique. Je suis à détruire, toute réputation que j'avais en moi, toute mon estime vacillent. J'ai pris avec le docteur D. un nouveau rendez-vous. Je dispose d'une voiture aménagée, je ne peux rouler sans avoir pris un certain médicament à cause des crises d'épilepsie. Après avoir pris ce traitement pendant un mois, je ne maigris pas, j'ai tout bonnement grossi. Le soir, j'entreprends de manger mon potage, figurez-vous que placé dans ma bouche, une assiettée ne suffit pas, ma langue allongée et charnue et mon estomac réclament d'autre nourriture. J'ai faim . . . Ce sont des contrariétés. Mon corps manque de fermeté. Ma peau devient flasque et racornie.
Lundi 26 avril, de nouveau avec le docteur D., j'ai exprimé la façon que j'avais de dormir. Mes nuits jusqu 'au petit matin, me semblaient très courtes. A peine je me suis levée, que je voudrais retourner dans cette fournaise qu'est mon couvre-lit déployé sur moi. Il me tarde de retrouver ma literie.
« Qu'est-ce que je réalise ? Pas grand chose. »
Ma vie se limite à ne plus exercer des fonctions qui me sont propres, courir, je ne peux plus.
« On supprime le dernier comprimé, me dit-il.»
C'est nouveau.
A cause de ma somnolence, ce médicament n'est pas fait pour moi, donc je ne prendrai plus que l'ancien traitement. La visite a été de courte durée. Avant de partir, le docteur D. demande avec insistance où en était l'ouvrage.
Rendez-vous à la fin du mois de mai.
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