On est si vulnérable

Martine Moulin

Sommaire

- Moi
- Avant
- Les derniers moments
- A l'hôpital
- La Clinique
- Comptes rendus médicaux
- Le retour
- Mes enfants
- Le rêve
- Ma solitude
- Le groupe des aphasiques
- L'or des amazones
- L'YMCA
- Vacances 2002
- Le permis de conduire
- Mes chats
- Tobby
- Tobby et Gribouille
- L'arrivée de Laurent
- « Melle G.R., un si joli faciès »
- Visite à Vienne avec l'YMCA
- Concours de peinture
- Un artiste
- Escapade en Suisse
- Traitement par toxine botulinique
- L'alimentation
- La musique et la danse
- La lecture
- L'ordinateur
- L'île de Ré
- La kinésithérapie
- Epilogue
- Martine Moulin
- Annexes
Escapade en Suisse

Vendredi 27 septembre 2004 , dans la nuit, vers 3 heures 30, je n'arrivais pas à dormir, je me tourne, me retourne, je ne trouvais pas le sommeil.
Enfin 6 heures , je me lève, me prépare.
Me voilà dans la voiture, impossible de faire marcher le levier de vitesse. Au bout d'un court instant, je reviens avec M.U. pour qu'il puisse redémarrer mon véhicule. Vers 8 heures 23, je m'éclipse. Gribouille pleurait sous le capot d'un autre véhicule. A chaque fois que je pars, je crois que mes deux chats pleurnichent, ce n'est qu'imagination, mais j'avoue que cela me plaît d'y penser.
Après avoir pris Laurent, nous partons vers Archamps où se trouve ma chère et tendre Emilie. A Montpellier, on a mangé dans un self sur le bord de l'autoroute. On a rencontré des bouchons. Cinq voitures ont percuté la rambarde, par chance ce n'était pas notre heure, mais nous avons été pris dans la mêlée. Arrivés à proximité de la Suisse, nous devions rejoindre Emilie et son compagnon A. qui nous ont guidés pour le restant du trajet. Il est 18 heures , le trajet a duré 7 heures .
Le lendemain, après avoir visité Annecy, nous dînons à la ferme de la Charbonnière à côté de Thônes. Au menu, ce sera assiette de crudités, des fondues, des Diots, saucisses revenues dans de l'oignon avec du vin blanc, fromage, salade, fruits de la ferme. A. a pris des photos que je consulterai sur grand écran. Par les grandes baies vitrées du restaurant, nous pouvons voir la fermette en contrebas, et admirer les vaches qui s'engraissent en ruminant de l'herbe et parfois des céréales. On surplombait les génisses pendant que l'on mangeait, elles mâchaient encore et encore.
Le jour suivant, des brocanteurs nous ont barré la route, nous sommes descendus et sur une étendue immense, beaucoup de vide-greniers s'étendaient. Derrière une commode se trouvait une peinture toute défraîchie datant de 1858.
« A-t-elle de la valeur ? Quel est son coût ?
- 30 euros, me dit l'antiquaire. »
Mes yeux ne faisaient plus qu'un avec le personnage représenté, une femme douce mais indomptable usurpatrice, douée pour la littérature, avec un livre à la main. Ce tableau dont la couche picturale n'adhère plus au support et dont le vernis se fendille laissait apparaître par endroit une préparation toute blanche. J'imagine les étapes pour le restaurer. Dans un premier temps, j'aurai le retrait des semences, puis le dépoussiérage des bords, le voilage du tableau, le rentoilage, la pose de la toile ainsi doublée dans son nouveau châssis. Mon fils porta le tableau jusqu'à la voiture, il était fier.
Après avoir passé une bonne nuit, nous voilà partis pour Genève. La population helvétique qui a un des niveaux de vie les plus élevés du monde se retrouve dans les villes de Genève, Lausanne . . . Genève avec son lac Léman, avec son tramway, ses innombrables bâtisses sur trois à quatre étages, ses rues beaucoup plus étendues qu'en France qui laissent entrevoir des mini impasses. C'est un régal de se faufiler dans une ruelle où l'on trouve absolument de tout. On a découvert le vieux Genève. Arrivés devant une vitrine, mon regard insistait sur la dorure sur bois et la restauration. Derrière la vitrine, on pouvait voir une commode des débuts du XVIIIème siècle avec de la polychromie verte. Mais je n'ai pas pu en savoir plus. Vers la droite, un baromètre qui avait conservé tous ses apprêts, sous une épaisse couche de peinture. Une harpe en bois sculptée et dorée, un miroir, des fauteuils cabriolets, des angelots datant du XVIIIème siècle, des cadres en or ronds, ovales et rectangulaires, une console et des corniches. Tout est splendide. Tout donne une impression de magnificence. En haut, le plafond passé au badigeon donne une apparence de marbre brut rehaussé de motifs campagnards.
Les artisans d'art restaurent notre patrimoine, travaillent dans l'ombre pour donner de l'éclat au bois duquel jaillit une vive lumière qui scintille comme de l'or. Sans l'intermédiaire d'Emilie, je crois que je serais passée à Genève sans voir la vitrine de la dorure.
En se promenant, nos yeux fixèrent quatre tours blanches au toit fini à l'or fin, le tout grillagé avec des pics dorés et blancs, habitées par des prêtres orthodoxes, en robe noire portant la barbe et les cheveux tirés en queue. Nous partons vers Yvoire, un site touristique très apprécié par ses visiteurs, avec ses bateaux de plaisance tous rangés sur une ligne droite. Les fleurs sont toutes présentes dans les pots ou les jardinières de différentes tailles dont la terre fera fructifier les plants. Des plantes variées agrémentent des amphores, des vasques, des demi-tonneaux pour le plus grand plaisir des promeneurs.
On prend une photo ou deux devant ces monticules de plantations sophistiquées aux teintes éclatantes, au charme exquis ; de quoi oublier le stress ! Dans le village, les rues sont différentes. Sous une rangée de vigne vierge, se trouvent des antiquaires ou des brocanteurs. Les maisons sont recouvertes de pierres grises auxquelles s'ajoutent des toits en ardoise. En entrant dans le village, une main haute d'environ cinq mètres, rendue encore plus troublante par son cuivre vert se dresse sur un tapis entouré de buis. Entre son pouce et son index apparaît, pincé par des ongles effilés, un tout petit tournesol. Cette main me rappelle la mienne que je n'ai plus, ça pourrait être elle. Un frisson me parcourt le dos, cet endroit est palpitant. Plus loin, j'aperçois une église très sobre, pas très haute, un peu retirée du village. Face à moi, sur sa croix un Christ doux et majestueux me regarde. On suit la voûte quelques instants puis on arrive à une trouée de trois nefs dans lesquelles de jolies peintures murales, un trompe-l'œil représentent la renaissance. Sur le coin du mur, une esquisse aux couleurs vives appliquées à l'eau sur du mortier frais, symbolise un prêtre.
Pas de tableaux.
Pas de statues.
Des suspensions garnies de bougies que l'on venait allumer à même le sol, que l'on remontait ensuite et qui laissaient échapper un éclairage diffus.
Ce fut une vision féerique.

Dans le restaurant, trois toiles représentant des films sont fixées au mur, ce fut notre dernière auberge à Archamps.

Emilie, le lendemain, tu étais la première levée pour t'en aller dans ton laboratoire de recherche. Après une multitude d'embrassades, nous sommes repartis. Je te laisse dans un pays conquis. Tu as un certain goût pour la recherche et pour trouver des connaissances nouvelles : un professeur G.G. neurologue disait : « Y a-t-il un risque d'accident vasculaire cérébral chez les migraineux ». Des études ont montré que chez la femme migraineuse de plus de 45 ans avec « aura », c'est-à-dire des stries lumineuses, des scintillements, des trous dans le champ visuel, des picotements ou des fourmillements autour de la bouche, des difficultés d'élocution, ces signes disparaissent complètement en moins d'une heure pour laisser place à la migraine. Le risque de faire un accident vasculaire cérébral, est alors multiplié par deux ou trois. Si la femme fume et prend la pilule le risque est multiplié par vingt ou trente.

Les migraineux célèbres :
Alfred de Vigny, George Sand, Guy de Maupassant, André Gide, Frédéric Chopin, Louis Carroll, Victor Hugo, Sigmund Freud, Voltaire, Hippocrate, Jules César, Vincent Van Gogh et Honoré de Balzac. Les gens d'esprit, hommes d'état, peintres, musiciens ou autres écrivains ont eu à subir de violents maux de tête dont leur création porte parfois la trace.
Avec les médicaments que les médecins m'ont prescrits, peut-être se rendront-ils compte que l'on m'a leurrée. J'espère en toi Emilie pour trouver la cause de ces maux.

Une main

Qu'est-ce qu'une main ?
Une main ça vous touche
Une main ça respire
On a tellement à donner dans une main
C'est un être bienveillant
Qu'on peut finalement agencer à sa guise
Ça tourne
Ça vire. . .
C'est beau une main
Une main ça ressent ce que les autres n'ont pas aimé
C'est pur
Une main on aurait du mal à en faire le tour

Ma main ne bouge plus
C'est elle qui me manque le plus.

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