On est si vulnérable

Martine Moulin

Sommaire

- Moi
- Avant
- Les derniers moments
- A l'hôpital
- La Clinique
- Comptes rendus médicaux
- Le retour
- Mes enfants
- Le rêve
- Ma solitude
- Le groupe des aphasiques
- L'or des amazones
- L'YMCA
- Vacances 2002
- Le permis de conduire
- Mes chats
- Tobby
- Tobby et Gribouille
- L'arrivée de Laurent
- « Melle G.R., un si joli faciès »
- Visite à Vienne avec l'YMCA
- Concours de peinture
- Un artiste
- Escapade en Suisse
- Traitement par toxine botulinique
- L'alimentation
- La musique et la danse
- La lecture
- L'ordinateur
- L'île de Ré
- La kinésithérapie
- Epilogue
- Martine Moulin
- Annexes
Traitement par toxine botulinique

Arrivée à l'hôpital, je descends de la voiture pour rencontrer le Docteur D. Tout en discutant, il me suggère de rencontrer le Docteur X. de B. de la médecine physique. Il me traitera pour une durée de six mois la spasticité de mon bras droit par toxine botulinique. Ainsi mes douleurs qui irradient sur mon épaule et mon bras fatigué seront soulagées. Je dois m'y rendre une première fois pour effectuer l'injection de toxine. La deuxième injection se renouvellera dix jours après.
Tous les deux mois, j'ai un rendez-vous pour savoir si tout va bien. Je dois répondre à une multitude de questions que le docteur X. de B. me pose, il mesure tel ou tel muscle qui se contracte ainsi que ma douleur liée à la maladie.
Que veut dire spasticité pour moi ? Lorsque je rencontre quelque personne dans la rue, mon bras se rétracte, voilà pourquoi je mets ma main dans ma poche.
Ma motricité fonctionnelle : admettons que je sois assise, mon épaule droite est plus basse que ma gauche, la moitié de mon corps est devenue avachie, nonchalante. Je manque d'énergie et de vitalité.
Mes amplitudes articulaires : ma main, cette main merveilleuse en a perdu tout le reflet, mes doigts sont recroquevillés, ils se replient sur eux, ils m'isolent de l'extérieur, ils me coupent du monde définitivement.
Ma marche : avec mon ex-mari, tous les dimanches on marchait, maintenant je piétine, je ne peux plus marcher sur les chemins caillouteux. J'ai envie d'une amélioration, que ma maladie évolue en progressant, j'ai hâte de voir dans six mois peut-être, je vais assister à un nouveau « bousculement » des choses. Mais si cela n'était qu'un leurre. De toute façon, je sais que j'aille ici ou ailleurs ce sera toujours la même chose ou presque. La toxine botulinique et intramusculaire a un coût financier finalement élevé mais tout sera pris en charge par la sécurité sociale. Le sixième mois, on m'a refait dans mon bras une autre injection, pour le moment rien de précis ne se passe si ce n'est que la douleur a disparu et que mes doigts sont moins recroquevillés mais moi j'attends toujours le miracle, je garde l'espoir que mon bras bouge. J'accepte que les données enregistrées fassent l'objet d'un traitement informatisé. Certaines actrices pour gommer le stress et les rides se font injecter un peu de toxine botulinique principalement dans le front. Cette toxine utilisée depuis plus de vingt ans finit par estomper les rides d'expression, dans six mois on recommence.
La première fois, mes muscles qui assurent les fonctions du mouvement bougeaient ; j'aidais mon bras à vaquer, devant ma glace, d'une trajectoire de gauche à droite. Au surplus, dorénavant il est moins raide. Le pouce a repris sa place initiale mais moi je m'imaginais qu'on allait très vite en besogne. Un petit peu chaque jour, je voulais un corps qui soit discret, quelque chose qu'on ne voit pas, je veux rester neutre, c'est bien mal parti.