On est si vulnérable

Martine Moulin

Sommaire

- Moi
- Avant
- Les derniers moments
- A l'hôpital
- La Clinique
- Comptes rendus médicaux
- Le retour
- Mes enfants
- Le rêve
- Ma solitude
- Le groupe des aphasiques
- L'or des amazones
- L'YMCA
- Vacances 2002
- Le permis de conduire
- Mes chats
- Tobby
- Tobby et Gribouille
- L'arrivée de Laurent
- « Melle G.R., un si joli faciès »
- Visite à Vienne avec l'YMCA
- Concours de peinture
- Un artiste
- Escapade en Suisse
- Traitement par toxine botulinique
- L'alimentation
- La musique et la danse
- La lecture
- L'ordinateur
- L'île de Ré
- La kinésithérapie
- Epilogue
- Martine Moulin
- Annexes
La musique et la dance

Une chose dont je suis sûre, avant mon accident j'aimais assister au concert, quand j'entendais une mélodie, je voulais comprendre ce qu'était la bonne musique. Il me semble que j'aurais voulu jouer du piano, suivre mon professeur de musique de 6 ème mais la vie en a décidé autrement. Et maintenant je n'ai plus ma place dans la foule, fini un air d'opéra à la Halle aux Grains, un récital au Palais des Sports ; sentir sa respiration qui renaît aux premières notes de musique, une frénésie, une folie m'obnubile : voir une grande manifestation de l'été, dans l'hexagone, fini le festival de jazz « in Marciac » le 15 août, les gens souriant et éclatant de rire, respirant une certaine quiétude dans une grande convivialité et beaucoup de bonne humeur. « C'était la fête des Swings ».

Maintenant c'est très différent. Je ne pars presque plus en ville, je reste chez moi un point c'est tout.
Quand je suis à l'intérieur de ma maison, quand je dessine, il ne me faut aucun bruit autour de moi, je suis dans le calme. Si je travaillais, il y aurait d'autres personnes autour de moi, des paroles, du bruit, je ne pourrai pas rester dans cette ambiance, cela me demanderait trop d'effort.
Quand je suis chez N., que je peins la porcelaine, le bruit de la radio me dérange, je devrais le dire mais je n'ose pas.
Le matin, j'allume ma chaîne, j'aime écouter mes CD. Mais si je fais du courrier par exemple, j'éteins tout, je ne peux entendre la musique et me plonger directement dans mes lettres, je ne peux lire ou écrire et percevoir des bruits dans mes oreilles. Il me faut le calme absolu !
A Toulouse, rue Lapeyrouse avaient lieu les cours de Sylvie C.G. J'assistais à la séance de gymnastique, aérobic et stretching. A chaque fois, je me sentais revivre. Du jour où Sylvie CG a déménagé, j'ai pris un enseignement par Françoise R. et des cours de danse de salon donnés par Danielle et Gérard P. J'étais au 4 ème degré. Chaque année de nouvelles variations de rock, salsa, mambo s'offraient à nous. Maintenant, c'est fini, j'ai dansé récemment le slow avec A., nous avions envie d'essayer, mais ce n'est plus pareil. En 1995, après mon divorce, travaillant dans un atelier de restauration, il s'avère impossible que je sois au cours de danse et sur la route. Je fus dans l'obligation d'arrêter cette activité.
Je ne pourrai plus exercer de gymnastique aérobic, des mouvements rapides, plus de danse de salon, je n'ose pas murmurer ces mots, mes yeux sont humectés par mes larmes. Ce n'est plus pareil et je mets au défi quiconque objectera. Je suis invitée à la fête de la musique, les jours arrivent, j'espère ne pas m'y rendre. Je ne sais pas si je vais pouvoir m'asseoir, me déplacer sans difficultés, affronter tous les regards... J'appréhende actuellement toutes ces situations. Peut-être devrais-je m'insurger contre les habitants de ce canton, mais qu'ils soient d'ici ou d'ailleurs tous les gens se ressemblent et tolèrent peu la différence.

Avec mon ex-mari, une affinité de goût nous rapprochait, voir tel ou tel ballet par exemple ceux de Maurice Béjart bouleversants de pureté, de profondeur et de simplicité. L'invitation se déroulait à la Halle aux Grains. Je me remémore également Alvin Ailey American Dance Theater, les danseurs noirs tout de blanc vêtus, les femmes en robes à volants de crinoline, ombrelles blanches à la main, les hommes torse nu et nus pieds, un plaisir intense irradie leurs visages, tous leurs mouvements expriment la paix : c'est une force qu'ils ont en eux, accompagnés par une musique de jazz rapide. Ce ballet avec des gestes anodins et des danses de la rue extérieure fait naître en moi une joie véhémente.

Dorénavant, je ne déteste point regarder à la télévision sur Arte, la chorégraphie d'un ballet, d'un opéra. Je ne manque jamais, le jour de l'an, un concert à Vienne, la marche de Radetzky composé par Johann Strauss. A la fin de l'audition, je frappe des mains c'est un naturel de jouissance. Chaque année, c'est un plaisir, c'est une sensation agréable au détriment de laisser quelques larmes couler sur ma joue, mais ce n'est que du bonheur.
Je n'éprouve plus qu'une certaine extase, j'avais une admiration éperdue sur l'art en général, je l'ai toujours mais avec moins de violence.

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