On est si vulnérable

Martine Moulin

Sommaire

- Moi
- Avant
- Les derniers moments
- A l'hôpital
- La Clinique
- Comptes rendus médicaux
- Le retour
- Mes enfants
- Le rêve
- Ma solitude
- Le groupe des aphasiques
- L'or des amazones
- L'YMCA
- Vacances 2002
- Le permis de conduire
- Mes chats
- Tobby
- Tobby et Gribouille
- L'arrivée de Laurent
- « Melle G.R., un si joli faciès »
- Visite à Vienne avec l'YMCA
- Concours de peinture
- Un artiste
- Escapade en Suisse
- Traitement par toxine botulinique
- L'alimentation
- La musique et la danse
- La lecture
- L'ordinateur
- L'île de Ré
- La kinésithérapie
- Epilogue
- Martine Moulin
- Annexes
La lecture

Mes difficultés en lecture de concentration, de compréhension, de mémorisation ne me permettent plus de lire aussi fréquemment les revues artistiques spécialisées. Je ne retiens plus, rien ne reste à l'intérieur de mes pensées. Seules les images s'impriment en moi. Je lis les légendes. J'aime l'art mais c'est différent je ne peux plus m'investir autant. Il me semble que si je recommençais à rêver, je lirais mieux, mais ce n'est peut-être qu'un espoir comme celui de voir ma main bouger. La lecture de livres de poche m'est impossible. Je dois sans cesse revenir au début des romans, car je ne m'en souviens plus. J'ai lu une quarantaine de pages du livre qu'Emilie m'a prêté, il s'agit de l'histoire d'un Docteur qui pratique des autopsies après un meurtre et qui se fait à son tour agresser. J'aimerais aller plus loin dans cette intrigue, mais quelque chose m'en empêche. Tous les livres que je possède sont devenus inutiles. J'en emprunte à la bibliothèque, mais les textes sont trop compliqués, trop longs.

Tout ce qui est écrit je ne le lis plus ce qui heurte les gens, j'explique sans cesse qu'il ne me sert à rien de lire puisque je ne retiens rien. Seule la lecture de poèmes me régénère, mais ce sont des poèmes courts que je lis et relis.

J'arrive à la conclusion de ce discours : «A personne, je ne souhaite un accident vasculaire cérébral».

On a redonné un sens à ma vie. Etait-ce le mien ? Je ne le crois pas.