On est si vulnérable

Martine Moulin

Sommaire

- Moi
- Avant
- Les derniers moments
- A l'hôpital
- La Clinique
- Comptes rendus médicaux
- Le retour
- Mes enfants
- Le rêve
- Ma solitude
- Le groupe des aphasiques
- L'or des amazones
- L'YMCA
- Vacances 2002
- Le permis de conduire
- Mes chats
- Tobby
- Tobby et Gribouille
- L'arrivée de Laurent
- « Melle G.R., un si joli faciès »
- Visite à Vienne avec l'YMCA
- Concours de peinture
- Un artiste
- Escapade en Suisse
- Traitement par toxine botulinique
- L'alimentation
- La musique et la danse
- La lecture
- L'ordinateur
- L'île de Ré
- La kinésithérapie
- Epilogue
- Martine Moulin
- Annexes
La kinésithérapie

Le kinésithérapeute qui s'est occupé de moi après mon retour à la maison n'avait pas du tout la même approche que le précédent. J'ai repris les mouvements des parties du corps, du bras, de l'avant-bras, de la main et du pied pendant plus d'un an à mon domicile. Je marche toujours avec ma canne, j'ai pu laisser définitivement de côté mon fauteuil roulant. Je devais pratiquer des soins sur une machine, alors j'ai dû changer de kiné. Au début c'étaient les mêmes exercices. Je marchais le long des barres parallèles sur lesquelles étaient disposés des rouleaux de papier que je devais éviter. Des plateaux d'équilibre rectangulaires et ronds, facilitent le travail articulaire et musculaire des membres inférieurs. Le grand ballon sur lequel je m'assois est mon exercice préféré. Le balancement est stimulé par le sens que je lui donne. A la fin je fais des petits mouvements saccadés en laissant tout mon corps dans un état de mollesse : c'est délicieusement divin. L'espalier donne de la flexibilité dans mes jambes. Et voilà un exercice que j'aime par-dessus tout : « le rebondisseur », je suis debout sur un trampoline, je lance une balle au kiné qui me la relance et ainsi de suite, j'adore sautiller légèrement, ces mouvements me conviennent parfaitement. Je fais également du vélo ; dès que je suis dessus je compte les secondes, les minutes. J'ai une sainte horreur de la bicyclette, mais après quinze minutes, même si je suis éreintée, épuisée, je reconnais que j'en tire un certain bénéfice. Je patiente donc et me résigne sans protestation. Selon les thérapeutes, les exercices sont différents. La personne qui me suit actuellement s'appelle S., elle discute beaucoup avec moi, elle est très gentille mais je n'ai qu'une hâte, c'est de me retrouver seule.
Je vais régulièrement à mes séances de kinésithérapie, deux fois par semaine, mais c'est de plus en plus contraignant pour moi.

Un jour, dans mon jardin, je voulais jouer avec mon chat, je suis tombée à terre en perdant mon équilibre, un verre de mes lunettes a heurté un coffre contenant de l'engrais végétal, des cisailles... Un choc, ma monture s'est brisée, plus rien pour se tenir, au bout de cinq minutes, j'ai glissé sur mon ventre pour pouvoir me hisser, une jambe après l'autre comme j'ai pu. Je me suis assise sur mon canapé, après un coup d'état comme celui-ci, un tel bouleversement, j'en suis à me demander : « Pourquoi est-ce que je me lève le matin, évidemment, je n'ai que moi-même pour subvenir à mes besoins ». Au bout de six années de kinésithérapie, d'orthophonie, de consultations chez le médecin, mon entourage est toujours là pour trouver la solution à une difficulté, mais je peux dire que je suis un peu fatiguée et saturée de tout.

Pendant que le ciel est à son zénith, S. me fait grimper et redescendre les marches extérieures. Je ne dois pas tomber, c'est illogique. Quand mes pieds s'entortillent et que je suis entraînée à terre, je subis une chute vertigineuse, bien ou mal, je m'écroule. Une destruction, un abattement total se fait sentir sur mon devenir.

Ma vaisselle s'égoutte, aussi j'envisage de passer la cire sur ma table, je me dirige vers la salle à manger, je trébuche sur la marche, et me retrouve allongée sur le ventre, les chandeliers sur mon dos. Le mardi suivant, je tiens à en parler au kiné car j'ai une grosseur sur mon genou gauche qui me chagrine. Elle m'allonge à côté d'un appareil qui m'envoie des ultrasons et des ondes courtes.
Au bout de plusieurs séances, j'ai toujours ma bosse due à un choc sur la région osseuse. Je subis toutes ces péripéties suivies des séances de kiné de façon imperturbable, sans contrecoups, je n'ai pas le choix.
Ma kiné est partie définitivement. Son remplaçant s'occupe de moi et je continue jusqu'à... saturation.