On est si vulnérable

Martine Moulin

Sommaire

- Moi
- Avant
- Les derniers moments
- A l'hôpital
- La Clinique
- Comptes rendus médicaux
- Le retour
- Mes enfants
- Le rêve
- Ma solitude
- Le groupe des aphasiques
- L'or des amazones
- L'YMCA
- Vacances 2002
- Le permis de conduire
- Mes chats
- Tobby
- Tobby et Gribouille
- L'arrivée de Laurent
- « Melle G.R., un si joli faciès »
- Visite à Vienne avec l'YMCA
- Concours de peinture
- Un artiste
- Escapade en Suisse
- Traitement par toxine botulinique
- L'alimentation
- La musique et la danse
- La lecture
- L'ordinateur
- L'île de Ré
- La kinésithérapie
- Epilogue
- Martine Moulin
- Annexes
Le rêve

Les aphasiques rêvent-ils ?

Moi, je ne songe plus.
Ce n'est pas la vie que j'avais souhaitée. Tout ce dont je rêvais avant, il se passait toujours le contraire.
Maintenant, est-ce que je rêve ?
Est-ce que je pense?
Le matin, je n'ai plus aucun souvenir. « Il n'y a rien ».
Je crois que je n'ai plus de pensées.
Je me souviens d'une soirée, le vent fait tournoyer le tas de feuilles dans le jardin. La bise s'engouffre sous ma porte. Je suis frigorifiée. L'aération se trouvant dans la cuisine fait une soufflerie à vous couper le souffle. Tout est débranché. L'arbre du voisin a failli être emporté par le vent. Je me suis retrouvée dans ma chambre, les contrevents fermés. A travers les volets clos, j'entendais les prémices de l'hiver. Je dormis ou je m'assoupis.
Quand d'un seul coup, tout ce qui se trouvait dans ma chambre, s'est retrouvé dans ma salle à manger. Je me débattais, mais je ne pouvais bouger. Combien de temps vais-je tenir ? L'armoire est mise en morceaux. Elle est écrasée sur le sol. Le lit pend dans le vide et moi, je me retrouve prise dans le plancher, j'avais les pieds emmaillotés dans les draps et la couverture. J'étais inerte.
Avant 8h30, la voisine, voyant les volets fermés, s'interroge. La matinée passe, elle se rend dans l'habitation du pompier et s'en explique. La rue est mise au courant. Le pompier pense qu'il vaut mieux attendre. Que c'est long ! Depuis hier soir, j'ai les jambes engourdies, mon cœur est si lourd que j'ai envie de pleurer. Mais, ça ne résoudrait pas mes problèmes. J'entendis sonner, j'étais étourdie . . . J'étais lasse d'entendre cette résonance de sons qui n'en finissait pas. . . Cela m'exaspérait.
Les sapeurs-pompiers, font le tour de ma maison.
« Mon Dieu, le toit a un trou comme une automobile ! s'écria un pompier.
-La pauvre ! rajouta un autre.
-Vite !!! »
Rapidement, ils font pivoter la porte sur ses gonds.
Les chats sortent de la maison.
J'aperçois un pompier, quel grand soulagement, quelques larmes s'écoulent sur ma chemise de nuit et ils se démènent comme ils peuvent. Quelques hématomes sur la peau provenant d'un coup sinon je n'ai rien d'autre. Après avoir pris un moment pour téléphoner à ma fille j'attends l'ambulance. Et surtout j'ai entr'aperçu la cheminée qui était tombée sur la route et se trouvait maintenant à côté de la maison voisine.

Est-ce un rêve ou une pensée ?